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Asset deal ou share deal : céder les murs, le fonds ou les titres

Mis à jour le · 8 min de lecture

Céder un hôtel ne signifie pas toujours la même chose. Selon la structure de détention et l’objectif du propriétaire, l’opération peut porter sur l’immobilier, sur l’exploitation, sur les deux, ou sur la société qui les détient. Le choix du montage conditionne le périmètre transféré, les risques repris par l’acquéreur, le calendrier, la fiscalité et, au bout du compte, le prix.

Ce guide présente les quatre montages courants, leurs conséquences pour l’acquéreur et les profils de cédants auxquels chacun convient. Il ne remplace pas l’analyse de votre avocat, de votre notaire et de votre expert-comptable, qui reste indispensable à la date de l’opération.

Deux logiques : l’actif ou la société

Toutes les cessions d’hôtel se rattachent à l’une de deux logiques.

Dans un asset deal, le cédant vend des actifs : l’immeuble (les murs), le fonds de commerce hôtelier, ou les deux. L’acquéreur choisit ce qu’il reprend. La société du cédant subsiste, avec son passif, ses contentieux et son historique.

Dans un share deal, le cédant vend les titres de la société qui détient l’hôtel. Rien ne change juridiquement au niveau de l’hôtel : la société reste propriétaire ou locataire, employeur, signataire des contrats. C’est son actionnaire qui change. L’acquéreur reprend la société entière, avec son actif et son passif, connus ou non.

Cette distinction structure tout le reste : ce qui doit être transféré, qui doit donner son accord, ce qui doit être garanti.

Murs et fonds ensemble

C’est le cas du propriétaire exploitant qui détient l’immeuble et le fonds, directement ou par deux sociétés distinctes. La cession des murs et fonds transfère l’hôtel complet : immeuble, clientèle, nom commercial, mobilier et matériel, site internet, contrats transférables.

Pour l’acquéreur, l’intérêt est la maîtrise totale de l’actif. Il n’a pas de bailleur, il décide seul des travaux et du positionnement. En contrepartie, l’investissement est le plus élevé, et la vente de l’immeuble passe par un acte notarié.

Deux points demandent de l’attention :

  • La ventilation du prix entre murs et fonds. Elle a des conséquences fiscales pour les deux parties, car les droits d’enregistrement ne suivent pas le même régime pour l’immeuble et pour le fonds. Elle doit être cohérente avec la valeur de chaque composante.
  • Les formalités propres au fonds : publicité de la cession, délai d’opposition des créanciers, séquestre d’une partie du prix pendant ce délai. Le notaire ou l’avocat en fixe le calendrier.

Le fonds seul, murs conservés

Le propriétaire conserve l’immeuble et cède l’exploitation. Deux situations se rencontrent : l’exploitant est déjà locataire d’un bailleur tiers, ou le propriétaire exploitant souhaite garder les murs comme placement et consentir un bail commercial à l’acquéreur du fonds.

L’acquéreur reprend le fonds et le droit au bail. Le bail devient alors l’élément central de la valeur : durée résiduelle, loyer, indexation, destination, répartition des travaux et des charges, conditions de renouvellement. Un fonds adossé à un bail court ou à un loyer élevé au regard du chiffre d’affaires se valorise moins bien.

Selon ses clauses, le bail peut soumettre la cession à l’agrément du bailleur ou exiger son intervention à l’acte. Cet accord conditionne le calendrier : il doit être anticipé, sans pour autant révéler l’opération trop tôt. Le guide céder un fonds hôtelier et son bail commercial détaille ces points.

Les titres : société d’exploitation ou société propriétaire

La cession de titres peut porter sur différentes sociétés, et ce n’est pas indifférent.

Titres de la société d’exploitation

L’acquéreur reprend la société qui exploite l’hôtel, généralement locataire des murs. Le bail reste en place, puisque le locataire ne change pas. Les contrats de travail continuent avec le même employeur. Les autorisations, la licence et le classement restent attachés à l’établissement.

Ce montage évite de transférer chaque contrat un par un. Il ne dispense pas de lire les clauses de changement de contrôle : un bail, un contrat de franchise hôtelière, un contrat de management ou un financement bancaire peuvent prévoir un agrément, une information préalable ou une faculté de résiliation en cas de changement d’actionnaire.

Titres de la société propriétaire

Lorsque la société détient les murs, seule ou avec le fonds, la cession des titres transfère indirectement l’immeuble. La fiscalité de l’opération dépend alors de la nature de la société, notamment de sa prépondérance immobilière. Le notaire et le conseil fiscal la confirment à la date de l’opération.

Ce que l’acquéreur reprend en plus

Dans tous les cas, l’acquéreur reprend le passif de la société : dettes, litiges, risques fiscaux et sociaux antérieurs. Il reprend aussi sa situation fiscale. La société conserve la valeur fiscale historique de ses actifs : la cession de titres ne permet pas de les réévaluer. La plus-value latente sur l’immeuble ou le fonds reste dans la société et pèsera sur une cession ultérieure des actifs. En principe, cette fiscalité latente se négocie dans le prix des titres.

D’où deux mécanismes propres au share deal :

  • Le prix des titres se calcule à partir de la valeur de l’hôtel, diminuée de l’endettement net et ajustée du besoin en fonds de roulement, soit sur des comptes arrêtés au closing, soit selon un mécanisme de « locked box » fondé sur des comptes de référence.
  • La garantie d’actif et de passif protège l’acquéreur contre un passif antérieur non révélé. Son plafond, sa franchise, sa durée et sa contre-garantie se négocient.

Le sale & lease-back

Dans un sale & lease-back, le propriétaire exploitant vend les murs à un investisseur et les reprend aussitôt à bail. Il conserve l’exploitation, les équipes et la clientèle. Il libère le capital immobilisé dans l’immeuble.

L’investisseur, lui, n’achète pas un hôtel à exploiter mais un loyer. Il examine la solidité du locataire, la durée ferme du bail, la répartition des travaux et la soutenabilité du loyer au regard de l’exploitation. Le ratio loyer / chiffre d’affaires et la couverture du loyer par l’excédent brut d’exploitation sont au centre de l’analyse.

Pour le cédant, le point de vigilance est symétrique : le loyer qu’il accepte pèsera sur son exploitation pendant toute la durée du bail. Un prix des murs élevé obtenu contre un loyer trop lourd déplace la difficulté au lieu de la résoudre.

Ce que l’acquéreur reprend, montage par montage

Murs et fonds Fonds seul Titres Sale & lease-back
Objet de la cession Immeuble et fonds Fonds et droit au bail Société (exploitation ou propriétaire) Murs, avec bail consenti au cédant
Passif de la société Non repris Non repris Repris Non repris
Bail Sans objet, l’acquéreur est propriétaire Cédé, agrément du bailleur selon les clauses Inchangé, clauses de changement de contrôle à vérifier Nouveau bail, le cédant devient locataire
Franchise, management Transfert à négocier Transfert à négocier Maintenus, clauses de changement de contrôle à vérifier Inchangés, le cédant reste exploitant
Salariés Contrats transférés (article L.1224-1 du Code du travail) Contrats transférés (article L.1224-1 du Code du travail) Même employeur, aucun transfert Inchangés
Fiscalité latente Actifs réévalués au prix d’acquisition Fonds réévalué au prix d’acquisition Conservée dans la société, négociée dans le prix Murs réévalués au prix d’acquisition
Garantie d’actif et de passif Non, garanties portant sur les actifs cédés Non, garanties portant sur le fonds cédé Centrale Non, garanties portant sur les murs
Acte Notarié Sous seing privé ou notarié Acte de cession de titres Notarié, avec signature du bail

Dans tous les montages, le transfert des contrats de travail ou le changement d’actionnaire peut obliger à informer préalablement les salariés, selon la taille de l’entreprise et la nature de l’opération (dispositif dit « loi Hamon »). Votre avocat en organise le calendrier, qui doit s’articuler avec la confidentialité du process.

À retenir : le montage se choisit avant la mise en vente, pas pendant la négociation. Il détermine qui doit donner son accord, ce que l’acquéreur doit vérifier et ce que le cédant devra garantir.

Quel montage pour quel cédant

Il n’existe pas de montage supérieur aux autres. Chacun répond à une situation.

  • Le propriétaire exploitant qui se retire et ne souhaite conserver aucun lien avec l’hôtel s’oriente vers la cession des murs et du fonds, ou des titres si l’ensemble est logé dans une seule société. La sortie est nette, sous réserve des garanties consenties.
  • La famille qui veut garder un patrimoine immobilier sans assumer l’exploitation cède le fonds et conserve les murs, en consentant un bail. La qualité du bail fait alors la valeur des deux actifs : le fonds cédé et le loyer perçu.
  • L’actionnaire d’une société d’exploitation dont le bail, les contrats et les autorisations sont difficiles à transférer a souvent intérêt à céder les titres. Il doit en revanche accepter une garantie d’actif et de passif et une due diligence plus approfondie.
  • L’exploitant ou le groupe qui veut financer son développement sans quitter l’établissement s’oriente vers le sale & lease-back, à condition que l’exploitation supporte durablement le loyer.
  • Le groupe qui arbitre un portefeuille combine souvent plusieurs montages selon les actifs. Chaque actif se traite alors selon sa propre logique.

Le choix dépend aussi de l’acquéreur visé. Un investisseur institutionnel recherche souvent les murs et un loyer, un groupe hôtelier l’exploitation, un family office l’un ou l’autre selon son horizon. Le montage retenu restreint ou élargit le cercle des acquéreurs possibles.

Arbitrer avec ses conseils

Le montage se décide à partir de quatre éléments : la structure de détention existante, l’objectif patrimonial du cédant, la fiscalité de l’opération et le profil des acquéreurs susceptibles de se positionner. Les deux premiers relèvent du cédant, la fiscalité de son notaire, de son avocat et de son expert-comptable, le dernier de la connaissance du marché.

Une réorganisation préalable (apport, scission, séparation des murs et du fonds) est parfois envisagée pour rendre l’hôtel cessible dans de meilleures conditions. Elle prend du temps et doit être étudiée bien avant la mise en vente. Le guide préparer la cession de son hôtel en donne le calendrier, et le guide valorisation d’un hôtel explique comment chaque composante se valorise.

RR Hôtels & Finance définit la stratégie de cession, murs, fonds ou titres, dès l’estimation et avant le mandat, en coordination avec les conseils du cédant. Pour en savoir plus : notre accompagnement à la cession d’hôtel.

Rédigé par

Richarde Riehm

Présidente de RR Hôtels & Finance

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